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16.07.2002

Suède : L'interdiction d'acheter des services sexuels favorise les pratiques clandestines

"Il est toujours très facile de s'offrir une prostituée en Suède sans être arrêté." Pour Håkan, portier de nuit dans un hôtel de Stockholm, la loi n'a rien changé.

Pourtant, les clients auraient de quoi hésiter. Comme l'indique la loi, "celui qui, moyennant rémunération, se procure une relation sexuelle occasionnelle sera condamné, pour l'achat de services sexuels, à une amende ou à un emprisonnement de six mois au maximum". Mais plus de trois ans après son entrée en vigueur le 1er janvier 1999, le bilan est mitigé.

Alors que la police estimait en 1998 à 125.000 personnes la clientèle des quelques 2.500 prostituées du pays, le nombre d'arrestations a été dérisoire, à peine une centaine par an. La plupart des hommes interpellés ont échappé à toute sanction et personne n'est allé en prison. Dans les faits, il est difficile de prouver qu'une relation sexuelle a donné lieu à une transaction financière et on ne peut pas attendre des prostituées qu'elles dénoncent le client qui les fait vivre. Certains rapports de police accusent même la justice de ne pas jouer le jeu. "Cette loi ne vaut pas plus que le papier sur lequel elle est écrite", estime un fonctionnaire. Et elle n'améliore guère la situation des prostitué-es, ce qui est pourtant sa raison d'être.

La loi a poussé la prostitution à quitter les rues au profit d'endroits cachés, comme les hôtels, les bars internet, les clubs, les appartements privés. Les prostituées deviennent dépendantes des patrons des bars ou des boîtes de nuit qui peuvent donc imposer leurs conditions. Prostituées et clients se retrouvent aussi dans des lieux plus discrets, à la périphérie des villes, dans des endroits plus isolés où les femmes sont en situation d'insécurité face à d'éventuelles agressions. De plus, les organisations spécialisées, les Églises et les services sociaux éprouvent davantage de difficulté à aider les prostitué-es. On cherche à les protéger, mais on les rend plus vulnérables. "C'est un argument facile utilisé par les adversaires de la loi", contre-attaque Gunilla Ekberg, une juriste, travailleuse sociale et chercheuse ayant participé à la rédaction de la loi suédoise. Facile? Pas pour les prostitué-es en tout cas que Mme Ekberg prétend pourtant aider.

Source : Le Monde.fr, 11.07.2002

Pages reliées :
Ce qui cloche avec le modèle suédois, 20.05.2005
Être travailleuse du sexe en Suède : un enfer rempli de dangers, Rosinha Sambo, 2001
Le modèle suédois, une panacée?, 17.12.2004
C'est une pute, Nicole Nepton, 19.01.2002
Critiques of Swedish Prostitution Law

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