Dans le nouvel épisode de la polémique féministe autour de « la prostitution », l’Alliance féministe solidaire pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe, qui regroupe des individus et des groupes militant pour la reconnaissance des droits des personnes qui travaillent dans l’industrie du sexe, croit opportun d’ajouter au débat canadien un éclairage historique.
L’épisode récent ressurgit cette fois à l’occasion du jugement de la Cour d’appel de l’Ontario entérinant, sauf en matière de sollicitation, le précédent jugement Himel (septembre 2010), qui aurait eu grosso modo comme effet de décriminaliser le travail du sexe entre adultes consentants. Cet éclairage historique s’adresse tout particulièrement aux opposantes à la décriminalisation de « la prostitution », plus spécifiquement aux féministes qui se sont exprimées publiquement en ce sens, et notamment au Conseil du statut de la femme. Il s’agit de mettre en parallèle les positions d’hier et celles tenues aujourd’hui sur le même sujet. L’exercice se révèle instructif.
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La Cour d’appel de l’Ontario a récemment statué que deux dispositions de la loi fédérale sur la prostitution causaient préjudice aux femmes (procureur général du Canada v. Bedford, 2012 ONCA 186). Plus précisément, la Cour fait valoir que les dispositions du Code criminel concernant les maisons closes et le proxénétisme portent atteinte à la sécurité des travailleuses du sexe et sont par conséquent inconstitutionnelles. En d’autres termes, la Cour affirme que les lois sur la prostitution exposent les femmes dans le commerce du sexe à des risques de violence et que ces lois violent les droits fondamentaux des travailleuses du sexe, tels que garantis par la Charte.
Ce que la décision signifie
Cette décision élimine les obstacles qui venaient accroître la vulnérabilité à la violence des travailleuses du sexe. Elle leur permet d’embaucher, par exemple, un chauffeur ou un garde du corps, comme moyen d’assurer leur sécurité; rappelons que ces pratiques ont précédemment été criminalisées (proxénétisme). Cela permet aux femmes de travailler ensemble dans le même appartement, une autre pratique jadis criminalisée en vertu des lois sur les maisons closes. La décision signifie que les femmes peuvent travailler de façon plus sécuritaire et qu’elles peuvent travailler en groupe.
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The Court of Appeal for Ontario recently ruled that two elements of Canada’s prostitution laws cause harm to women (Canada Attorney General v. Bedford, 2012 ONCA 186). Specifically, the Court argues that the bawdy house provisions and the living off the avails provisions of the Criminal Code violate the security of individuals who work in the sex trade and, as such, are unconstitutional. In more simple terms, the court argues that prostitution laws put women in the sex trade at risk of violence and that these laws violate the fundamental Charter rights of sex workers.
What the Ruling Means
The ruling removes barriers for women working in the sex trade that increase their vulnerability to violence and harm. It allows them to hire a driver or a bodyguard, for example, as a way to ensure their safety—practices that were previously criminalized (living off the avails provision). It enables women to work together out of the same apartment; this practice was criminalized under the bawdy house laws. The ruling means that women can work more safely and that they can work together.
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C’est avec un mélange de joie et de déception que Stella recevait la décision émise par les cinq juges de la Cour d’appel de l’Ontario qui reconnait l’inconstitutionnalité des articles sur les maisons de débauche et le proxénétisme, sauf dans les cas d’exploitation. C’est une victoire en soi que de pouvoir travailler légalement à l’intérieur, seule ou en groupe, et s’entourer de personnes qui augmentent notre sécurité : réceptionnistes, chauffeurs, gérant-es, etc. Par contre, trois juges sur cinq s’entendent pour maintenir l’interdiction de communiquer en public dans le but de se livrer à la prostitution, ce qui est insensé parce que les personnes qui travaillent sur la rue sont celles qui subissent le plus de répression et d'abus.
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La photographie qui figure sur la couverture de cette anthologie a été prise lors de l’occupation de l’Église Saint-Nizier à Lyon en 1975, un événement qui a été une véritable bougie d’allumage de cette organisation planétaire. Depuis, des travailleuses et travailleurs du sexe aux quatre coins de la planète se regroupent et s’organisent. Qui sont ces personnes? Pourquoi et comment s’organisent-elles? Quels sens confèrent-elles à leurs expériences? Pourquoi revendiquent-elles la décriminalisation de leur travail? Qu’ont-elles à dire à propos du syndicalisme, du féminisme, de la lutte contre le sida, de la violence ou des phénomènes migratoires?
Voilà un aperçu des questions auxquelles Maria Nengeh Mensah, Claire Thiboutot et Louise Toupin, toutes trois membres de l'Alliance féministe solidaire pour les droits des travailleuses(rs) du sexe, ont tenté de répondre, tout en situant le mouvement des travailleuses du sexe dans son contexte historique et international. Pour cela, elles ont colligé de nombreux documents témoignant des luttes des travailleuses du sexe de différents continents. Elles nous présentent ici les contributions choisies, signées pour la plupart par des militantes aux origines et aux expériences de travail du sexe variées. On trouvera donc dans cette anthologie unique une sélection importante de documents inédits ou traduits en français pour la première fois.
Lire la suite "Luttes XXX. Inspirations du mouvement des travailleuses du sexe" »